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Paris, le 16 septembre 2010
Monsieur Jean-Claude Vial, Monsieur Serge Orru, Mesdames et messieurs les parlementaires, CherEs amiEs,
Natureparif, agence régionale pour la nature et la biodiversité en Ile-de-France, a, entre autres missions, celle d’inciter les franciliens à porter un regard différent sur la nature qui les entoure.
Au-delà de la seule « nature », notre mission consiste à expliquer ce qu’est la biodiversité, cela dépasse la simple connaissance des espèces remarquables, et renvoie à la multitude d’interactions entre toutes ces formes de vie. Un sondage récent nous apprend que la signification du mot est encore floue pour la grande majorité de nos citoyens. Nous y travaillons au quotidien. Notre démarche de sensibilisation et de pédagogie envers les franciliens progresse, en particulier grâce au tissu associatif qui est un véritable relai avec le terrain.
Les 4 et 5 mai dernier, Natureparif organisait avec l’UICN un colloque intitulé « Biodiversité, les mots pour convaincre ». Les débats ont fait ressortir la nécessité de s’adresser aux décideurs politiques et économiques en insistant sur les services écosytémiques pour mieux les convaincre du bien fondé de préserver la biodiversité. La biodiversité est en effet le tissu vivant de la planète dont dépend la qualité des biens de consommations, nos loisirs mais aussi notre santé.
Le choix de soutenir l’université de rentrée du WWF s’est fait naturellement au regard des enjeux économiques et écologiques de la région Île-de-France qui sont intimement liés. La région est très active, elle compte un réseau d’entreprises réparti sur tout le territoire, des coopératives agricoles de la Seine-et-Marne jusqu’au pôle des multinationales de la Défense.
Par le biais de ces entreprises, les modes de vie des franciliens ne sont pas sans conséquences sur la biodiversité, qu’elle se trouve en Île-de-France ou ailleurs. Se vêtir, se nourrir, se déplacer, se loger sont autant d’activités économiques qui ne doivent plus induire l’érosion et l’uniformisation du vivant.
Les scientifiques rappellent pourtant que la biodiversité assure la production de nombreux biens et services dont dépendent ces mêmes entreprises (c’est le cas du MEA réalisé en 2004). En retour, ces activités ont pour effet d’exploiter, de convertir, de générer des pollutions dans des écosystèmes répartis sur toute la surface du globe.
C’est la rapidité des changements observés qui inquiète le plus les scientifiques et laisse entrevoir des pertes irréversibles. Qui pourrait remplacer le travail des bactéries et microorganismes qui fertilisent les sols ? Qui saurait reproduire la pollinisation ? Les entreprises se rendent compte que le maintien de la biodiversité est une condition nécessaire à la réussite économique. C’est un comportement nouveau. L’économie doit éviter de scier le socle sur lequel elle est assise.
En 2008, Natureparif a aidé l’association Orée à publier le guide « Intégrer la biodiversité dans les stratégies d’entreprises ». C’était une première étape pour porter cette connaissance nouvelle et peu maîtrisée dans la sphère des entreprises. Nous continuons notre action en invitant les entreprises à avancer en éditant des guides pratiques par filières et ou par problématique.
Ces guides participeront à l’évolution des mentalités mais pour être réellement efficaces, ils devront être accompagnés d’autres dispositifs. Ainsi, l’exemple de l’agriculture biologique est particulièrement frappant. Si la demande de produits issus de l’agriculture biologique existe chez les particuliers, dans les écoles ou de la part des restaurateurs, l’offre peine à se mettre en place.
J’ai la conviction que l’agriculture biologique est insuffisamment aidée en comparaison des aides accordées à l’agriculture dite conventionnelle. La région Ile-de-France travaille d’ailleurs sur ce sujet et avance bien. Comment faire en sorte qu’un produit local et biologique soit moins couteux qu’un autre issu de monocultures intensives ? On peut regretter l’échec de la taxe carbone qui aurait surement été un pas en avant pour favoriser les économies de proximité. Comment dissuader les consommations ET la production de pesticides ? Rendre couteux toute production et épandage de phytosanitaires favoriserait le basculement vers l’utilisation d’intrants d’origine organique, comme les composts. Ce sont de nouveaux marchés, des tremplins pour l’emploi !
Un autre exemple est celui de la construction, il pose la question de la nature en ville. Pour construire nos villes, n’a-t-on pas besoin de repenser l’architecture des bâtiments, les matériaux utilisés ? Quelle place devons-nous accorder à la nature et aux espaces verts garants d’un cadre de vie plus agréable ? Comment construire sans entraver le fonctionnement des écosystèmes ? Ma conviction est qu’en matière d’agriculture comme en matière d’urbanisme nous pouvons concilier développement économique, amélioration des pratiques et préservation de la biodiversité. Même si la trame verte et bleue a perdu son caractère opposable, son élaboration permettra le dialogue entres tous les acteurs d’un territoire. Peut-être sera-telle l’occasion d’inventer d’autres pratiques ?
J’invite dès aujourd’hui les entreprises et l’ensemble des participants au colloque à approfondir leurs connaissances et bousculer leurs habitudes, parce que dans une nature qui change, nos règles doivent changer. L’anticipation est la clé du succès. Anticipez une réglementation de plus en plus exigeante et appelée à évoluer encore, les agendas politiquent bougent…, les mentalités aussi. Les Grenelle I et II, ébauches d’une prise de conscience, seront demain, espérons le, des décisions sans précédent. Je forme le souhait que ce colloque participe, autant pour les acteurs économiques eux-mêmes que pour les consommateurs que nous sommes, à repenser le rapport entre économie et écologie.
Je vous souhaite deux jours de débats féconds…
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